Mila pense ce qu’elle veut

Avons-nous peur d’être libres ?  

Cette question ressemble à un sujet du bac de philo, pourtant c’est bien ce que je me demande à la lecture des articles, tribunes et échanges depuis une semaine au sujet de « l’affaire Mila ».

 Voici une affaire qui ne devrait pas en être une. Elle a pris aujourd’hui de telles proportions que je me sens le devoir de rappeler quelques éléments de bon sens.

On peut résoudre cette affaire en peu de mots ainsi que les prochaines.

Rappelons les faits : des adolescents se disputent et s’invectivent sur un réseau qu’on dit social. Rapidement, les invectives puis les injures contre une religion, et non des croyants, pleuvent. Les menaces de viol et de mort ne tardent pas. Mila, lycéenne de 16 ans, est déscolarisée et doit être protégée.

C’est le début de l’affaire Mila. Que dit-elle de nous ? Beaucoup.

La fin d’une illusion mais la force de nos valeurs

Elle fait d’abord le deuil d’une grande illusion : nous étions collectivement persuadés que l’abondance d’informations et la célérité des canaux de diffusion enfin atteintes ne manqueraient pas de faire de nous des êtres raisonnables et sensés. Illusion perdue. 

Elle démontre ensuite que nous pouvons, heureusement, compter sur des valeurs fortes, claires et simples. En effet, peu de mots suffisent pour régler cette affaire : la liberté de conscience existe, le délit de blasphème n’existe plus.

Je défends la première et je m’opposerai toujours au rétablissement du deuxième. Je ne peux donc être plus simple : Mila pense ce qu’elle veut.  

Pour moi, la liberté de conscience n’est pas négociable et en matière de religion, je peux croire, je peux ne pas croire, je peux changer de religion, je peux rencontrer la religion, je peux abandonner la religion.

Sur les réseaux sociaux, je lis que « Mila a abusé », ce que je reformule comme « Peut-on abuser d’une liberté ? »

Oui. Et à tout prendre, je préfère l’abus d’une liberté à sa censure.

De toutes les façons, le problème de l’abus de liberté est déjà réglé. Nos législateurs républicains ont défini la liberté d’expression qui est une liberté encadrée. Elle est bordée par le respect d’autrui et les troubles à l’ordre public. Donc, Mila pense ce qu’elle veut. Blasphème-t-elle ? Le délit de blasphème n’existe pas dans une République laïque. C’est sa liberté de conscience et d’expression. Injurierait-elle des personnes et troublerait-elle l’ordre public ? La loi sanctionnerait.

Brandir le blasphème, c’est menacer du bâillon

Pour régler cette affaire, il nous suffit donc de dire les choses avec force et clarté : la liberté de conscience et d’opinion est supérieure à toutes les censures. Brandir face à nous l’accusation de blasphème, c’est nous menacer du bâillon. Le blasphème n’existe pas, la censure oui.

D’aucuns se rassurent lâchement en pensant que la censure évitera les tensions et assurera le vivre-ensemble. Au contraire, je pense que chaque fois que nous faiblirons sur nos valeurs, les censeurs seront plus forts. Chaque fois que nous reculerons d’un pas, ils gagneront du terrain. Chaque fois que nous accepterons leur intolérance au nom de notre tolérance, nous serons leurs complices.

Nous avons nos valeurs, il ne nous manque que l’affirmation d’une confiance inébranlable en elles que j’appelle « amour de la liberté ».

Lors de la prochaine « Affaire Mila », répondons par notre amour de la liberté à la haine des censeurs.