Ecologie : Les droits durables des salarié·e·s

La transition écologique percute nos valeurs et nos modes de vie : comment travaillerons-nous demain ? Cette transition écologique se produit parallèlement à une « tâcheronnisation » des travailleurs que Sarah Abdelnour et Dominique Méda ont récemment étudiée dans Les nouveaux travailleurs des applis. La transition écologique deviendra-t-elle le verdissage (green-washing) de l’ubérisation du monde du travail ?

Comment faire en sorte que la transition écologique soit aussi le développement durable des droits des salarié·e·s ?

De nouveaux emplois…

A l’aune d’indices divers (bilan carbone, renouvelabilité des moyens de production, recyclabilité des biens produits), tout un monde de travail émerge. Il va falloir raser ou rénover et bâtir. Il va falloir trier, recycler, au lieu de simplement se servir dans nos sols et nos forêts.

Aujourd’hui, près de 4 millions de personnes travaillent dans des domaines qui soutiennent l’économie verte : énergie, bâtiment, transport, recyclage… Selon l’Ademe, le bénéfice net du nombre d’emplois en France s’élèverait à 340 000 en 2035 et à près de 900 000 en 2050, en y comptant la baisse d’activité des secteurs dépendants des énergies fossiles.

Le secteur des énergies renouvelables n’est pas en reste. Ses effectifs ne cessent de croître et les objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique appuieront cette croissance. A court terme, ce sont 240 000 emplois qui seraient créés dans ce secteur.

L’autre avantage de cette transition écologique, et c’est sa différence avec la dite révolution numérique que nous avons connue, est qu’elle a besoin de tous les talents. Du CAP au doctorat, les formations, à la condition de les adapter, correspondront à des débouchés professionnels assurés.

… et Claudia en Seine-Maritime et Patrick dans l’Oise ?

Le bénéfice de l’écologie pour le chiffre national de l’emploi paraît indiscutable. Mais pour Patrick, salarié d’une PME qui fabrique des graisses industrielles dans l’Oise ou Claudia qui travaille dans une raffinerie en Seine-Maritime (les prénoms ont été changés), cette transition écologique est aussi vue comme une menace pour leurs emplois.

Je plaide dès aujourd’hui, si l’on veut prendre le virage écologique, pour accrocher à la ceinture des salariés les formations, les accompagnements et les reconversions indispensables. Nous devancerons ainsi les besoins et limiterons la casse sociale qu’une instrumentalisation du virage écologique pourrait causer.

Les droits durables des salarié·e·s

Certains regardent la transition écologique en étant cornucopiens et croient en l’innovation permanente pour résoudre les problèmes. D’autres sont malthusiens et prônent des restrictions et la décroissance. Tous s’accordent, je crois, pour dire que la transition écologique est une simplification de nos modes de vie.

Mais, elle ne devra pas devenir une simplification des droits des salarié·e·s au sens d’un rétrécissement et d’un renoncement. La transition écologique n’est ni une réhabilitation de la casse sociale, ni un verdissage du licenciement. Les droits des salarié·e·s ne seront pas la variable d’ajustement pour accomplir la transition écologique.

Au contraire, la transition écologique sera d’autant plus portée, acceptée et revendiquée par les salarié·e·s qu’elle garantit leurs droits de manière durable. Les droits des salariés sont la condition du succès de la transition écologique. Transition écologique et droits durables des salarié·e·s sont synchrones.

Transformation des emplois, nouveaux métiers, départs anticipés à la retraite, nouveaux salarié·e·s, tensions sur leurs droits. Dans ces moments, les syndicats doivent apporter des solutions, comme le fait l’UNSA, chaque jour, au plus près des salarié·e·s.

Mon prochain billet sur l’écologie montrera comment nous pouvons lier fortement la question environnementale et la question sociale, car je suis persuadé que la façon dont on traite la planète ressemble à la façon dont on traite les salarié·e·s.