Déplacement à Rennes

Le 9 décembre dernier, j’ai eu le plaisir de retourner à Rennes et de rencontrer une nouvelle fois les adhérents bretons, deux ans après le congrès de l’UNSA dans cette même ville et mon élection en tant que SG.
 
Avec enthousiasme nous avons échangé autour de la Primaire Sociale. Famille, amis, collègues de travail… Beaucoup de nos collègues avaient déjà parlé autour d’eux de cette enquête, avec, à la clef, de nombreux retours encourageants.
 
Et, en Bretagne, comme ailleurs, nous devons poursuivre nos efforts pour accroître la participation des travailleurs à cette enquête et faire entendre leur voix au cours de la campagne présidentielle.
 
La mobilisation de toutes et tous passe aussi par nos relais dans les médias : c’est pourquoi j’ai répondu, avec plaisir, aux questions des quotidiens Ouest France et Le Télégramme.

Au-dessus d’un immeuble de trois étages

Aujourd’hui, en France, en matière de détention de patrimoine net, le rapport entre les 10% les plus modestes et les 10% les mieux lotis est de 1 à 315[1]. Rapporté à une hauteur, les premiers sont à 3 centimètres, les seconds au-dessus d’un immeuble de trois étages.

Au même moment, l’INSEE[2] indique que les ménages propriétaires d’au moins 5 logements représentent 3,5 % des ménages, mais détiennent 50 % des logements en location possédés par des particuliers.

Comment corriger ces inégalités pour plus de justice sociale ?

Le patrimoine, toujours plus d’inégalités

Commençons par une comparaison historique : en 1985, le patrimoine d’entrée dans le 1% des Français les plus riches représentait 36 années de revenu médian, 70 ans en 2014[3].

Après une période de reflux tout au long des Trente Glorieuses, les inégalités de patrimoine sont reparties à la hausse à partir des années 1980 dans la plupart des pays du monde.

Ce phénomène dit de « repatrimonialisation » se traduit par l’aggravation de la répartition du patrimoine : il y a ceux qui ont beaucoup et ceux qui n’ont rien.

Pourquoi s’en inquiéter ?

Soyons clairs : la constitution d’un patrimoine à l’échelle d’une vie n’est pas en cause. C’est lorsque le patrimoine se transmet et croît de génération en génération qu’il devient une rente qui menace l’égalité des chances.

Car les inégalités de patrimoine favorisent les inégalités de revenu et de succès scolaire ou professionnel : on retrouve une très forte majorité de possédants parmi les diplômés, les entrepreneurs et les innovateurs.[4]

L’inégalité de patrimoine : un choix profondément politique

Comme je l’ai écrit dans mon dernier ouvrage, « Cultivons le Je démocratique », des solutions existent.

  • Une première solution serait d’instaurer une plus forte progressivité de l’impôt sur les hauts revenus et, surtout, de muscler les droits de succession.

La fiscalité sur l’héritage et les successions doit être plus forte pour être plus juste. La manne fiscale ainsi dégagée permettrait de financer l’instauration d’un Revenu Universel Garanti qui offrirait à ses bénéficiaires davantage de sécurité, mais également davantage de liberté pour envisager une transition professionnelle sereinement, prendre son risque et tenter sa chance.

  • Ce Revenu pourrait être complété d’une deuxième solution : un chèque « lancement dans la vie active ».

Ce dispositif est destiné à offrir aux jeunes sans patrimoine un capital de départ dans la vie. Financé par une hausse progressive de la fiscalité sur les héritages pour les patrimoines supérieurs à 1,5 ou 2 millions d’euros, il serait versé à tous les jeunes dès la fin de leur formation initiale. On peut imaginer une dotation de 15 000 à 50 000 euros en fonction des nouvelles recettes fiscales.

Pour citer un extrait de mon ouvrage, « ce serait une façon de redémarrer l’ascenseur social. Et ce chèque pourrait satisfaire à la fois les tenants de la justice sociale et ceux qui plaident pour le mérite républicain, car ce dernier serait moins faussé. Les libéraux pourraient y trouver certains attraits car cela pourrait faciliter l’esprit d’entreprendre chez les jeunes. Ils pourraient même qualifier ce dispositif de mesure antitrust des patrimoines. »

C’est pourquoi il s’agira moins d’une assistance que d’une liberté et d’une sécurité pour nos jeunes générations.

C’est, j’en suis profondément convaincu, le tournant que doit prendre notre nouveau contrat social pour répondre aux inégalités et aux injustices qui minent notre idée d’un destin commun.

[1] Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions, 2016

[2] INSEE, Portrait social, 2021

[3] Louis Chauvel, op cit                             

[4] https://www.maddyness.com/2021/05/31/xavier-jaravel-diversite-tech-france/

Ce qu’il nous reste à faire pour le reste à vivre

Montée conjointe des prix du gaz, de l’électricité, des carburants mais également des produits du quotidien : le pouvoir d’achat est plus que jamais au centre de toutes les préoccupations. Si diverses sources statistiques nous enseignent qu’il a augmenté au cours des dernières années, comment expliquer qu’un nombre croissant de Français témoigne de difficultés à boucler leurs fins de mois ?

Intéressons-nous à leur réalité économique, à leur reste à vivre : celui-ci n’a cessé de s’éroder de mois en mois, sous la pression des dépenses contraintes (frais de logement, assurances et services financiers, énergies et carburants, frais de transport, frais de cantine scolaire…).

Cette frustration d’une vie qui ne rapporte pas ou peu n’est pas supportable. Y remédier suppose de mettre en œuvre rapidement une politique sociale ambitieuse enracinée autour de cinq piliers.  

  1. Sortir de la logique de rattrapage

    Il nous faut tout d’abord retrouver le sens du progrès en matière de rémunération du travail et d’assistance. Nous nous sommes, depuis des années, habitués à une logique de rattrapage se résumant à courir après la hausse du coût de la vie sans pour autant développer une politique de revenus offensive. C’est avec cette visée du long-terme qu’il nous faut, à mon sens, renouer, pour permettre aux revenus d’augmenter dans la durée.


  2. Instaurer une Garantie Numérique Universelle

    Je plaide ensuite pour une mesure forte visant à adapter notre droit social aux défis qui nous font face. L’accès à l’information et à la communication pour tous est un de ceux-ci. Il devrait être considéré comme un droit social fondamental. A nouvelle donne, nouvel outil : je propose l’instauration d’une Garantie Numérique Universelle qui couvrirait un abonnement téléphonique et un accès à Internet pour tous.

  3. Rebattre les cartes de la fiscalité sur le patrimoine

    Comment améliorer le reste à vivre des ménages les plus modestes sans se pencher sur le fossé abyssal creusé par les inégalités de patrimoine ? Le renforcement de ces inégalités année après année, génération après génération, génère des risques graves pour la démocratie et appelle la mise en place d’un cadre fiscal ambitieux sur lequel j’aurai l’occasion de revenir plus en détail dans un prochain billet.

  4. Construire de nouveaux logements

    Cela ne fait pas mystère : le logement plombe lourdement le reste à vivre de nos concitoyens. Il constitue l’un des postes budgétaires les plus inégalitaires : un ménage pauvre locataire du parc privé engage 40% de ses dépenses dans le logement contre 28% pour un ménage aisé (France Stratégie 2021). Outre l’instauration d’une fiscalité adaptée, je propose de desserrer l’étau autour du marché immobilier par un choc d’offre, en construisant massivement de nouveaux logements adaptés aux normes environnementales.

  5. Instaurer des chèques consommation-emploi fléchés stratégiquement

    Pour conjuguer pouvoir d’achat et relance de l’emploi, je propose enfin de consolider une politique de la demande irriguant les entreprises européennes et les circuits-courts. Ces chèques consommation-emploi pourraient être fléchés vers l’achat de biens produits en Europe, participant à la réindustrialisation de nos territoires et répondant à des critères environnementaux. Leur montant pourrait même se voir bonifié en fonction de la provenance des biens achetés.

Les solutions pour augmenter le reste à vivre de nos concitoyens tout en participant à la relance de l’emploi existent. Il n’appartient qu’à nous, entrepreneurs de bonne volonté, de passer à l’action !

 

Reste à vivre ou restes pour vivre ?

Les frustrations d’une vie en pointillés

Pour beaucoup de nos concitoyens, la question centrale n’est pas culturelle ou identitaire mais bien sociale : c’est celle du pouvoir d’achat. Depuis de trop nombreuses années, ils se sont résignés à vivre en appréhendant la fin du mois dès le 15 et en redoutant le déclassement de leurs enfants. C’est la vie en pointillés.

On a longtemps cru que la fatigue d’une vie d’épreuves, de privations et d’incertitudes concernait uniquement les plus précaires : les personnes touchées par l’invalidité, le chômage long ou les travailleurs pauvres.

Mais, les soubresauts sociaux et politiques de ces dernières années l’ont montré : la peur du lendemain et les frustrations d’une vie en pointillés gagnent désormais des pans de la population que l’on croyait jusqu’alors épargnés.

Le « reste à vivre » ou les restes pour vivre ?

Dignité, sens du travail, cohésion sociale…, la question du pouvoir d’achat recouvre de nombreux enjeux incontournables pour notre devenir.

C’est pourquoi, en cette rentrée, à l’approche d’échéances électorales que je souhaite voir se concentrer sur les sujets qui importent aux Français, j’en appelle à une mobilisation nationale autour de la question du « reste à vivre », à savoir ce qui reste sur le compte en banque de nos concitoyens après les dépenses incompressibles. Le « reste à vivre » ne peut être « les restes pour vivre ».

État, collectivités, entreprises et partenaires sociaux : utilisons cette période de reprise de l’activité pour mettre au cœur du débat public la question des conditions d’une vie digne et foisonnons d’idées pour améliorer le reste à vivre de nos concitoyens.  

Une batterie de propositions pour parer aux urgences et préparer l’avenir

Je veux ici égrener quelques propositions, non-exhaustives, pour contenir le coût de la vie et assurer les conditions d’une meilleure rémunération du travail :

  • Faire prendre conscience aux patrons de la nécessité d’augmenter les salaires. Les pénuries de main d’œuvre que traverse actuellement notre économie ont lieu en majorité dans des secteurs pratiquant de faibles rémunérations. Au lieu de le déplorer ou de nous en étonner, proposons une solution simple : l’augmentation des salaires.

  • Demander à l’État de respecter un principe d’exemplarité en matière de rémunération. Le travail précaire est loin d’être l’apanage du secteur privé. Faiblesse des rémunérations, augmentation du nombre de contractuels et de contrats courts : l’emploi public est également touché par une précarité dommageable pour la santé des travailleurs comme pour la qualité du service public.

  • Mettre en place une prime destinée à couvrir tout ou partie des dépenses pré-engagées (loyer, électricité, abonnements divers) des ménages les plus en difficulté. Une récente étude publiée par France Stratégie[1] a montré que de nombreux ménages ont le sentiment, à revenus constants, d’avoir perdu en pouvoir d’achat. La raison tient à ce que la part des dépenses pré-engagées (loyer, électricité, abonnements divers) n’a cessé d’augmenter ces dernières années, prenant à la gorge les ménages les plus en difficulté.

  • Supprimer la TVA sur les produits de première nécessité. Mesure de justice sociale par excellence, ce geste fort, à la fois symbolique et concret, permettrait d’offrir aux plus en difficulté de quoi consacrer une part plus importante de leurs revenus à des dépenses choisies et non plus uniquement contraintes.

  • Inciter les entreprises à réinternaliser les emplois précaires externalisés ou sous-traités. Les entreprises sont pleinement actrices de la vie de la Cité. En ce sens, leurs décisions génèrent des externalités porteuses de coûts pour la collectivité. Le processus d’externalisation de certains métiers dans les années 1980 a, par exemple, conduit à une réduction de la rémunération et une précarisation des travailleurs, là où ils étaient auparavant employés par les entreprises.

  • Soutenir plus largement les salariés désireux d’entamer une nouvelle formation. Permettre aux salariés d’acquérir de nouvelles compétences et de s’adapter aux évolutions du marché du travail est un des moyens les plus efficaces de renforcer leur pouvoir de négociation à l’embauche. Encore trop souvent, se lancer dans une nouvelle formation est perçu sous l’angle du coût et du risque : je propose à l’État d’ôter cette barrière financière et mentale en finançant les individus tout au long de la formation.

  • Reconsidérer le rôle du salaire pour en faire un levier incitatif. De meilleures rémunérations permettent d’augmenter l’engagement et la contribution des salariés au fonctionnement de l’entreprise.

[1] https://www.strategie.gouv.fr/publications/depenses-pre-engagees-pres-dun-tiers-depenses-menages-2017

Plateformes : libérer et réhumaniser

Jeudi 24 juin dernier, une cour d’appel britannique a rendu son verdict : le statut de travailleurs indépendants des livreurs de l’application Deliveroo est confirmé. Motif : ces derniers ont la possibilité de sous-louer leur licence.

Une jurisprudence instable

Cette décision de justice prend le contre-pied d’une série d’autres décisions en Europe qui vont dans le sens d’une infirmation du statut d’indépendant des travailleurs des plateformes numériques.

En février dernier, la Cour suprême britannique avait statué en considérant que les chauffeurs Uber devaient bénéficier du statut de « worker », troisième voie entre le statut indépendant et celui de salarié, assortie de droits sociaux également intermédiaires.

En mars 2020, l’Espagne avait ouvert la voie au salariat en inscrivant une présomption de salariat dans son code du travail. 

Aborder le problème dans toute sa complexité

À la lumière de ces décisions de justice divergentes, le sort des travailleurs des plateformes est encore loin d’être stabilisé. Le problème doit être abordé dans toute sa complexité. Il s’agit de composer avec des injonctions et des objectifs contradictoires, sans jamais perdre de vue l’intérêt des travailleurs.

  • Les plateformes numériques ont apporté un afflux d’innovations et de services nouveaux. Mais, elles imposent un modèle social aveugle à la qualité de l’emploi et dépourvu de protection sociale décente.

  •  Les travailleurs des plateformes ne tirent pas dans le même sens. Si tous réclament de meilleures conditions de travail et un accès à des droits sociaux dignes de ce nom, tous ne revendiquent pas un CDI.

  • Contraindre les plateformes à salarier les travailleurs indépendants pourrait se traduire par un renchérissement du coût du travail et, donc, par une réduction du volume d’emploi proposé aux travailleurs.

Réhumaniser les relations de travail

Cette grande complexité d’ensemble me conduit à penser qu’un travail d’harmonisation des législations nationales est indispensable. Je me réjouis du lancement, le 15 juin dernier, par la Commission européenne, d’une deuxième phase de consultation des partenaires sociaux européens sur ce sujet.

Ma position : laisser la liberté aux travailleurs de choisir leur contrat.

En parallèle, je plaide pour une humanisation des relations de travail dans ces plateformes afin d’en finir avec le désarroi causé chez les travailleurs par la gestion algorithmique.

L’UNSA se tient à disposition des travailleurs et de leurs plateformes pour trouver des solutions concrètes, améliorant réellement les conditions de travail.

Le Monde : « Cultivons le « Je » démocratique : rêveries d’un syndicaliste philosophe »

« Cultivons le Je démocratique » : rêveries d’un syndicaliste philosophe.

« Secrétaire général de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) depuis 2018, Laurent Escure n’a pas écrit un livre sur le syndicalisme, même s’il l’évoque. Sous le prétexte de faire un « coming out pragmatique », il prône « la démocratie continue » qui « permet d’associer démocratie représentative, qu[’il] pense indispensable, et démocratie permanente, qu[’il] croi[t] nécessaire ». D’emblée, il annonce la couleur : « Nous sommes face à des fléaux qui se nomment populisme, autoritarisme, islamofascisme, racisme. S’y ajoutent, en toile de fond, une montée des inégalités et une forme d’impuissance durable des pouvoirs publics à contraindre et à juguler un système économique destructeur. » Le constat est sombre, mais l’auteur, qui veut « multiplier et muscler nos anticorps citoyens » pour immuniser la démocratie, cultive l’optimisme.

Laurent Escure nous livre ses rêveries d’un syndicaliste philosophe, une promenade où il s’étend sur les dégâts du trumpisme aux Etats-Unis, l’avenir d’une Europe à reconstruire, la pratique du compromis réformiste, hélas « pas majoritaire », la défense de la laïcité, définie comme « la liberté absolue de conscience », le risque d’un « épisode populiste autoritaire » en France en 2022. »



Retrouvez l’article consacré par Michel Noblecourt à mon dernier ouvrage en intégralité sur le site de Le Monde (accès réservé aux abonnés).

BFM Business – « Il n’y a pas une crise de la demande politique et syndicale mais une crise de l’offre »

J’étais hier au micro d’Hedwige Chevrillon sur BFM Business, pour aborder l’actualité sociale et syndicale mais également évoquer le contenu de mon ouvrage « Cultivons le Je démocratique » à retrouver en ligne (https://livre.fnac.com/a15944361/Laurent-Escure-Cultivons-le-Je-democratique-Pour-une-immunite-collective) ainsi que dans toutes les bonnes librairies. 

Cultivons le Je démocratique – Pour une immunité collective

J’ai le plaisir de vous faire part de la parution de mon premier ouvrage, « Cultivons le JE démocratique – pour une immunité collective », aux Éditions de l’Aube le 17 juin prochain.

Vous le trouverez sur toutes les plateformes de vente habituelles (FNAC, Cultura, Furet du Nord…) et, bien sûr, dans toutes les bonnes librairies.

Un compte Twitter lui est également dédié, n’hésitez donc pas à vous y abonner pour suivre l’actualité du livre.

Parlons-en (rubrique Me Contacter), je vous réponds !

Plateformes : liberté contre complexité

En Europe, plusieurs décisions récentes de justice pourraient mettre fin au débat lancinant sur le sort des travailleurs dits indépendants des plateformes numériques.

Cela laisse présager, en tout cas, de la formation d’un mouvement de fond que nous soutenons.

Condamnations

Le 26 février dernier, le parquet du tribunal de Milan a exigé, sous 90 jours, la requalification en CDI des 60 000 livreurs des quatre principales plateformes de livraison du pays. Condamnées à verser une amende globale de 733 millions d’euros, elles devront également s’acquitter des cotisations sociales non versées.

Ce précédent historique vient s’ajouter à une kyrielle de décisions de justice similaires rendues récemment en Espagne, en Grande-Bretagne et en France. Le 1er février dernier, c’est une plateforme elle-même, Just Eat, qui a annoncé l’embauche de 4500 livreurs en CDI en France en 2021.

Cette prise de conscience, bien que tardive, a le mérite de reconnaître une évidence : les chantres de l’ubérisation n’échappent pas au droit du travail.


Des droits sociaux contournés

L’arrêt rendu le 4 mars 2020 par la Cour de Cassation concernant un chauffeur VTC en atteste. Le statut d’indépendant est bien souvent « fictif », les travailleurs étant dans l’impossibilité de fixer leurs tarifs ou de composer leur clientèle librement.

Ces plateformes qui, pour la plupart, se sont construites sur une promesse d’émancipation des travailleurs, ont réussi le coup de force d’externaliser le salariat et, du même coup, la responsabilité de l’employeur.

Cette externalisation du salariat exclut des milliers de travailleurs de l’accès aux droits sociaux acquis par leur activité.

Liberté de choisir

La capacité d’imagination des juristes est grande. Depuis mars dernier du côté britannique, le statut de « worker » désigne une voie intermédiaire entre salariat et statut indépendant. Cette solution présente plus d’inconvénients que d’avantages pour le travailleur.

Au lieu de chercher des formules juridiques qui seront toujours plus complexes, je propose de laisser le choix au travailleur et de respecter ce choix : salarié ou indépendant. Ce choix leur appartient. Cette solution est aussi profitable et sécurisante pour ces entreprises des plateformes.

La liberté comme réponse à la complexité, cette méthode doit continuer à nous inspirer.

Sans ambiguïté face aux extrêmes

Hier, j’ai proposé au Conseil national de l’UNSA une motion réaffirmant solennellement l’incompatibilité de la charte des valeurs de l’UNSA avec un engagement au Rassemblement national. Elle a été adoptée : nous continuerons à être intransigeants à l’égard de toute forme d’extrémismes politiques ou religieux.   

Réuni le 18 mai 2021, le Conseil national de l’UNSA, regroupant les représentants, actifs et retraités, de ses fédérations, organisations syndicales, unions départementales et régionales, réaffirme solennellement :

• La Charte des Valeurs de l’UNSA rend incompatible un engagement syndical au nom de notre organisation avec un engagement dans un parti extrême tel que le Rassemblement national. Son idéologie, fondée sur une conception autoritaire du pouvoir, sur le nationalisme et la xénophobie, menace la démocratie et la République. S’il arrive au pouvoir, il fracturera violemment le pays et nuira gravement au libre exercice du syndicalisme et à l’intérêt des travailleurs.

Notre charte des valeurs est claire :

« L’UNSA se donne comme mission de développer en France, en Europe et dans le monde un mouvement syndical réformiste, fort et uni, dans le respect des grands principes suivants : attachement à la laïcité́ de la République, à la démocratie, aux libertés, à la justice sociale, à la solidarité́, à la défense du Service public, au droit à l’emploi, à la fraternité́ et la tolérance, dans la fidélité́ au principe de l’indépendance syndicale.
L’UNSA fait de la lutte contre les discriminations l’un de ses principes fondateurs.
L’UNSA refuse toute forme de discrimination …Nul ne peut se prévaloir d’une appartenance à l’UNSA s’il ne partage pas ces principes librement consentis. »

En conséquence, tout responsable, militant ou adhérent de l’UNSA qui s’engage sous la bannière du Rassemblement National s’exclut de fait de notre organisation.

• Le Conseil national réaffirme également sa farouche opposition à tous les extrémismes, ceux de l’ultra-droite, de l’ultra-gauche ou les extrémismes religieux et notamment de l’islamisme politique, dont les discours et les actes attaquent, et souvent violemment, la République, ses fondements, ses valeurs et ses représentants.

• L’UNSA ne confond pas les responsables ou les militants qui sont engagés en conscience dans ces mouvements antirépublicains, avec les travailleurs qui se font berner par leurs discours. Ces derniers ne doivent pas être pointés du doigt ou méprisés. Au contraire, c’est par la qualité de nos arguments et de nos convictions que nous pourrons les faire revenir dans le champ de la République et du syndicalisme.

• L’UNSA est indépendante, mais elle n’est pas neutre ou apolitique. Son indépendance est totale vis-à-vis des partis politiques, des gouvernements ou exécutifs locaux, et des organisations patronales. L’UNSA n’est pas neutre ou apolitique, car elle a un projet syndical pour la justice sociale, pour l’égalité, pour la solidarité entre les travailleurs en France comme en Europe ou dans le monde. Elle agit dans la vie de la cité et concilie la défense des intérêts des travailleurs avec le souci de l’intérêt général.

Forte de ses valeurs, l’UNSA agit pour un syndicalisme de la clarté et s’opposera à tous les mouvements qui menacent la République.